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Croisière sur la Grande Montagne d'Arvillard

Ou la marche du silence

Comme on l’entend souvent à la Buvette des Cimes de F’Murrr après quelques godets de génépi : « une semaine d’arrêt, ça va ; deux semaines d’arrêt, ça va ; trois semaines d’arrêt, ça va ; quatre semaines d’arrêt, ça va ; cinq semaines d’arrêt, ça va ; six semaines d’arrêt, ça va ; sept semaines d’arrêt, oh hein bon, ça suffit alors on y va même si on a mal ». S’en suit généralement une tournée générale à la gloire du Dieu Montagne, un sacrifice d’IPhone et l’élaboration d’une théorie douteuse qui conclut que « Monter ou descendre, ça glisse pareil ».

14 h 00, une voiture immatriculée dans le Bas-Rhin se gare à hauteur de la Vibillarde, sur la route  Val Pelouse. L’oreille avertie (qui en vaut deux) du chamois local aura reconnu la douce mélopée des morceaux du groupe de black métal norvégien Satyricon. Sort de cette voiture un barbu à l’apparence négligée, aux cheveux ébouriffés, bronzé comme un lavabo finlandais, avec une légère surcharge pondérale - digne héritage de ces semaines de disette sportive. En un mot, me voilà (ce qui fait deux mots ; le mot initial était donc un mot averti).

Pour ce retour aux altitudes, il s’agit d’être prudent et surtout de ne pas tomber sur le côté gauche. J’enfile mes raquettes et mon bonnet, me tartine de crème solaire, avale quelques gorgées d’eau, croque une bouchée de lembas, et zou sans zip, direction les crêtes de la Grande Montagne d’Arvillard via les Chalets de la Grande Montagne et les Chalets du Milieu. Un classique.

Les fantômes du quotidien se confondent avec la neige, et s’évaporent petit à petit. Le calme apaise les tympans ; c’est à peine si j’entends le bruissement cristallin des mottes de neige délaissant les branches des épicéas pour rejoindre le sol. Presque pas d’odeurs, ou sinon, elles sont douces et accueillantes. Les raquettes s’enfoncent légèrement dans une quinzaine de centimètres de poudreuse moufle. Pied droit, pied gauche, pied droit, pied gauche ; chaque pas m’éloigne un peu plus du fatras du bas, et me rapproche un peu plus des dentelles du haut.

15 h 45, je rejoins à l’utopique Buvette des Cimes d’utopiques montagnards qui sauraient mettre des mots sur ce que je ressens à cet instant, et dans le regard desquels je pourrais me reconnaître. J’admire les Grands Moulins, le Grand Miceau, le Pic du Frêne et bien d’autres géants de Belledonne. Je note aussi, avec étonnement, que je n’ai croisé ni cannes ni canards depuis mon départ. Certainement l’happy hour au bar du Coin …

Faut-il déjà redescendre ? Mon ombre avertie le craint autant que moi. Alors tous les trois, nous nous lançons à l’assaut des pentes au bout desquelles se dessinent des plaines que le printemps tente de verdir. Je détricote ce que j’avais soigneusement tricoté quelques instants plus tôt, empreinte après empreinte, et regagne cet étouffant étau que les gens appellent « la vraie vie ». Les crêtes, puis les Chalets du Milieu, puis les Chalets de la Grande Montagne, puis la forêt d’épicéas, puis les miettes de lembas, puis la voiture, puis le bitume, puis les maisons, puis les odeurs envahissantes, puis les sons stridents.

18 h 30, devant un écran d’ordinateur. A bien y repenser, il semble que mes raquettes s’enfonçaient un peu plus à la descente qu’à la montée ; « le poids des souvenirs heureux » comme on raconte à la Buvette des Cimes.

Pierre



Buvette des Cimes Premier point de vue Arrivée sur les pistes de Val Pelouse Les Grands Moulins Balisage in extremis ! Le Grand Miceau Sur la crête Les Chalets du Milieu
Geneviève Dupuis
le 23 mar.
Anecdote sur un guide et sa cliente bavarde :" Monsieur le guide, qu'est ce que vous appréciez le plus en montagne ? "
Un long silence pensif du guide, et enfin sa réponse : " le silence, Madame !"
A méditer...en silence, comme notre conteur de Val Pelouse !
Virginie Thuilier
le 23 mar.
Magnifique ! Merci pour ce génial récit des alpages...