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La vie en rose au Rocher Blanc

Un périple sur cailloux

 

4 h 15, le réveil sonne ; peu importe, cela fait plus de deux heures que je ne dors pas. Qui sait pourquoi, l’excitation ou peut-être autre chose. J’hésite à me lever pour préparer le petit déjeuner et partir randonner car, contrairement à l’eau, moins il y a de sommeil, plus le sac est lourd. Mais bon, soyons joueur et tentons le pari d’une balade en dents de scie, aux promesses hautes en couleurs vers le Rocher Blanc, étrangement.

 5 h 20, je claque le coffre de la voiture au parking de Fond de France, frontale allumée, chaussures de trail fermement lacées, bâtons empoignés. Entre brume nocturne et lueurs astrales scintillantes, je vérifie une dernière fois mon paquetage avant de m’élancer sur les sentiers qui me rapprocheront indéniablement de l'une des choses qui valent vraiment le coup ici-bas : les cimes de l’ici-haut. Mais avant cela, il faudra monter aux 7 Laux.

 6 h 10 : me voilà enfin hors de la forêt et à même de contempler dernières étoiles avant qu’elles ne se dissimulent, pour un temps, derrière le voile du jour naissant ; au loin, dans la Vallée du Haut-Bréda, l’éclairage de la station du Collet d’Allevard … témoin mourant d’une humanité odorante et bruyante dont il est temps que je m’extraie quelques heures. Je me retourne et observe avec envie le chemin que j’arpente et qui cisaille le flan du Roc de Pendet ; chemin annonciateur d’une liberté puissante et profonde faite de crêtes déchiquetées et de torrents furieux, et qui m’aide, à mesure que je le parcours, à oublier cette vie sociale aussi convenue qu’absurde, aux règles dictées par l’héritage qui n’ont de sens que pour ceux qui ne les interrogent pas.

 7 h 00 : les 7 Laux me cernent, ou plutôt m’embrassent, alors que les pics les plus élevés se voient baignés de la lumière dorée qui ne s’offre qu’à celles et ceux qui se lèvent tôt. Je croise çà et là quelques tentes d’où s’échappent parfois de rugueux ronflements. Quel calme, et quel régal d’admirer le trio Pyramide – Rocher Blanc – Rocher Badon qui sera le terrain de jeu d’une bonne partie du reste de la journée. Je quitte le GR 738 vers le milieu du Lac Cottepens, en direction du Col de l’Amiante. A partir de là, plus de sentier mais quelques cairns guidant discrètement le randonneur avide d’évasion.

 7 h 15 – 8 h 30 : du caillou, du caillou et toujours du caillou, clairsemé de névés bien fluets en cette fin d’été. De ce paysage rude et hostile rayonnent une liberté et une douceur qui m’enlacent. Il ne s’agit pas ici d’un simple bon moment, mais d’une intense quiétude réconfortante, aussi discrète qu’évidente. Les jambes s’emparent de tout cela, et montent presque involontairement vers cette encoche lointaine que les cartes nomment le Col de l’Amiante. Pour m’accompagner, quelques bouquetins dont les errances furtives laissent parfois glisser une pierre, trahissant leur présence aux confins ce vallon encaissé. Des bouquetons certes, mais aussi des débris d’avion ; un Cessna 310 immatriculé I-ICAE, qui s’écrasa vers 2 560 mètres d’altitude le 26 janvier 1986, faisant alors 4 morts. Ce lieu tragique n’en est pas moins annonciateur d’une bonne nouvelle pour le randonneur que je suis : les névés finaux – eux-mêmes sur un pierrier lui-même sur les reste du Glacier de l’Amiante – et le col ne sont plus très loin.

 8 h 30 – 10 h 30 : au Col de l’Amiante, le paysage me glace autant que le soleil me réchauffe. Après trois bonnes heures de montée et 1850 m de dénivelé, il est temps de traîner avec émerveillement et nonchalance sur ces crêtes tant fantasmées, entre Rocher Blanc et Rocher Badon. Direction l’éternité … A cette heure, presqu’aucun nuage ne s’est encore formé, et seul au loin le Mont Blanc se voit orné de quelques songes climatiques. Jura blafard, Bauges, Bornes, Aravis, Beaufortin, Vanoise, Thabor, Cerces, Queyras, Écrins, Arves, Grandes Rousses, Oisans, Dévoluy, Vercors, Chartreuse, bouquetins, et bien évidemment Belledonne dans toute sa splendeur et toute sa longueur. Nulle montagne ne manque à l’appel, spectatrices involontaires d’une pièce folle dans laquelle il me semble enfin que je ne joue pas de rôle.

 10 h 30 – 12 h 30 : perché entre espoir et amour, le temps des rêves me semble bien court … Je dois me rendre à l’évidence, et accepter que les ici-hauts ne seraient pas si beaux s’ils ne finissaient pas, tôt ou tard, par se dérober sous le poids du temps qui passe. J’entame alors la descente de la Combe Madame, parfois sur des névés, parfois sur des pierriers, toujours sous le regard neutre et détaché des Rochers de Buyant et des Aiguilles de l’Argentière. Vers 2 450 m d’altitude, je regarde par habitude sur ma droite vers le Col de la Combe Madame et son glacier mourant qu’il surplombe fièrement. Et si ? … Pourquoi ne pas retarder un peu l’ici-bas avec un aller-retour ? La question n’était pas finie que mes pieds pointaient déjà vers le col. Certaines décisions sont plus évidentes que d’autres, et me voilà parti pour un peu de dénivelé sur un terrain instable et bien moins confortable qu’auparavant. Même les cairns ont disparu et ce que je prends pour l’un d’eux ne s’avère être qu’un empilement fortuit de cailloux. Cela dit, le road-book est fort simple : « toi te diriger vers le truc le plus bas de la crête devant toi ».

 12 h 30 – 14 h 45 : au col, je contemple une nouvelle fois le Pic de l’Étendard, le Lac de Grand-Maison et les Écrins, alors que les nuages bourgeonnent inexorablement dans le ciel. Je constate avec étonnement que mon moi du passé a déjà bien entamé les vivres de la journée … Une compote et quelques cacahuètes suffiront donc ce coup-ci. La descente sur les névés du Glacier de la Combe Madame est bien plus rigolote que la montée, à alterner entre un semblant de ski sur chaussures et de francs bout-droits sur les fesses, expérience grisante de vitesse qui présente l’avantage de rafraichir naturellement l’arrière-train. Me voilà, en un rien de temps, au point de départ de cette digression montagnarde. La chasse aux cairns reprend et les mètres d’altitude s’égrainent inéluctablement. Vers 2 100 m d’altitude, alors que je rejoins le sentier qui relie Fond de France au Col du Glandon, je regarde par habitude sur ma droite vers le Col de la Croix, véritable îlot de convivialité entre les pentes abruptes du Bec d’Arguille et celles tout aussi raides de la Crête de la Marmottane. Et si ? … Pourquoi ne pas retarder un peu l’ici-bas avec un aller-retour ? La question n’était pas finie que mes pieds pointaient déjà vers le col. Il y a comme un semblant de déjà vu … Après 8 h de marche, il est quand même doux de poser mes semelles sur un chemin bien tracé et de retrouver cette sensation d’une progression efficace. Je suis heureux de constater que mes jambes agissent de concert avec les nuages sur les sommets : ça s’accroche ! Il suffit d’une quarantaine de minutes pour avaler les 400 m de dénivelé et rallier la borne-frontière du col.

 14 h 45 – 16 h 45 : brrrrr qu’il fait froid par ici … Le vent s’est franchement levé depuis une bonne heure et le soleil n’est désormais plus qu’un vague souvenir matinal. Les nuages, quant à eux, brandissent fièrement leurs menaces, faites de pluie et d’orage. Malgré tout, il serait dommage de ne pas descendre au Lac de la Croix pour prendre quelques photos et faire face aux Aiguilles de l’Argentière et à leurs glaciers, tant qu’ils existent. Mais les premières gouttes humectent déjà la terre et les rochers … L’aller-retour sera rapide, mais sera quand même ! Par contre, une fois les photos prises, aucune tergiversation possible : les coups de tonnerre et les bourrasques hâtent mon pas en direction de Fond de France et la longue descente de la partie basse de la Combe Madame – depuis le refuge jusqu’à la Martinette – ne me semble pas aussi longue qu’à l’accoutumé. Comme quoi, rien de mieux qu’un éclair par-ci par-là et une pluie dense pour renouer plus vite que prévu avec l’ici-bas 

 

Distance : 30 km, D+ : 2 900 m, durée : 11 h 30.

 

Participants : Pierre et les peluches locales farouches et cornues.



Lever de soleil sur les Bauges Triplet Pyramide - Rocher Blanc - Rocher Badon Lac de la Motte Lac Cottepens et Refuge des 7 Laux Lac du Cos Lac de la Ratoune Lac Blanc, Rocher Blanc et Pyramide Lac Blanc et Pic des Cabottes Grand Pic de Belledonne (droite) et Grande Lance d'Allemont (gauche) Débris du Cessna 310 Col de l'Amiante ... encore un effort Vestige du Glacier de l'Amiante Vestige du Glacier de l'Amiante Col de l'Amiante, enfin le soleil Vue depuis le Col de l'Amiante Les 7 Laux Lac de l'Amiante et Aiguilles d'Arves Lac de l'Amiante et Rochers de BuyantRocher Blanc (2928 m) et Aiguilles d'Arves Belledonne Nord Rocher Badon Les 7 Laux Cairn sommital du Rocher Badon (2912 m) Rocher Blanc Aiguilles d'Arves Peluches locales et farouches Tantôt cailloux, tantôt névés Col et Glacier de la Combe Madame Sur le Glacier de la Combe Madame Sur le Glacier de la Combe Madame Col de la Combe Madame en vue Vue depuis le Col de la Combe Madame Zouip zouip zouip Vestige du Glacier de la Combe Madame Peluches locales et farouches Bis Vers le Col de la Croix Ça se couvre ... Borne frontière au Col de la Croix Borne frontière au Col de la Croix Lac de la Croix, cols du Glandon et de la Croix de Fer, Aiguilles d'Arves Lac de la Croix et Cime du Sambuis Aiguilles de l'Argentière Coup de Sabre du Piniollet Glacier de l'Argentière Lac et Col de la croix ; il pleut
Geneviève Dupuis
le 23 août
Comment ne pas être heureux , dans ce périple belledonien solitaire ?

Bravo pour cette longue sortie vers la frontière franco-sarde !