Avant l’effort
Nous sommes partis le beau matin du premier septembre de la gare de Chambéry, pour rallier le col du Somport, passage bien connu entre France et Espagne. Nous, c’est l’équipe des 4 randonneurs pyrénéistes (Florence, Bernadette, Geneviève, Daniel). Fabienne et Alain ont dû renoncer à partir, et nous le regrettons.

Deux jours sont nécessaires pour effectuer le voyage passant par Toulouse, Pau (belle ville pour une escale), Oloron-Sainte-Marie (son train pittoresque aborde les premières dénivelées) et enfin Urdos, l’ancienne douane de la haute vallée d’Aspe où l’Hôtel des Voyageurs nous accueille pour la nuit.
Le mercredi 3 septembre au matin, le bus local de la CITRAM nous dépose peu avant le col du Somport, au Centre Pastoral de Peyrenère (1340 m). Notre objectif est de rejoindre Gavarnie, 60 kilomètres à vol d’oiseau, 88,3 km par les sentiers, plus à l’est, en 7 étapes longeant la crête-frontière. Notre parcours traversera le Parc National des Pyrénées, à cheval entre les Hautes Pyrénées et la province Aragonaise. Nous nous sommes inspirés de la « Bible » des H.R.Pyrénéistes, le topo de Georges Véron, et du guide récent de Marie Millet (tous les deux chez Rando Éditions). C’est parti !





Première étape
Le sentier parcourt une zone de terres et roches roses volcaniques, parée de fougères et myrtilliers. À l’ouest, les pics proches d’Arlet nous offrent, eux aussi, ce déploiement de teintes lie-de-vin parsemées du vert des conifères. Après le col de Lazaque et de nombreuses montées et descentes sur des terrains de hêtraies desséchés, puis à découvert parmi les gispets, nous pique-niquons à l’ombre bienfaisante des Pins à crochets, au col de Gouetsoule. Au refuge non gardé de Larry, pittoresque cabane à bardeaux gris, nous faisons le plein d’eau pour remonter au col d’Ayous, dans une belle ambiance pastorale symbolisée par l’avenante bergère et son troupeau. Au col, on découvre, émerveillés, l’altière silhouette de la face ouest du Pic du Midi d’Ossau. En contrebas, le refuge d’Ayous nous attend, bordé par le lac Gentau, miroir sublime du Seigneur de lieux. La nuit sera bercée par la musique légère et apaisante des clochettes des chevaux.

















Deuxième étape
Après une contemplation silencieuse des montagnes et des quelques étoiles encore scintillantes, nous repartons de bon matin vers le sud, sur un sentier agréable nous menant au lac Bersau. Une descente tout aussi cool nous ramène vers l’itinéraire venant du col des Moines (GR 108).
La remontée au col de Peyreget réserve de bons « coups de cul » avant que ne sonne l’heure de manger, ce que nous faisons avec plaisir aux abords du lac de Peyreget, recherchant l’ombre rare. Les pique-niques récupérés au refuge d’Ayous se composent de l’habituel taboulé, que nous dégustons avec appétit. La reprise est un peu poussive, nous échauffant à nouveau les cuisses avant le final dans de gros éboulis fléchés en jaune. Au col, on aperçoit 300 mètres plus bas le refuge de Pombie. Le bon sentier qui y mène longe un laquet vert gazon, puis aboutit au pied de la face sud du Pic du Midi d’Ossau et sa Grande Raillère de Pombie. Là encore, de nombreux randonneurs et grimpeurs animent le refuge, qui s’avérera pratique et convivial pour cette deuxième nuitée montagnarde.
À l’est, nous pouvons observer le long et large vallon d’Arrious que nous remonterons demain matin en son entier (850 mètres de dénivelée), après la traversée du Gave de Brousset. Cette perspective n’empêche en rien les diverses activités au soleil, de lavage, « coup à boire », briefing, étirements, qui délassent le corps et l’esprit.












Troisième étape
Le temps est imperturbablement au beau fixe. Nulle excuse pour différer le départ dans le large vallon du ruisseau de Pombie, qui nous amène 700 mètres plus bas au Gave de Brousset, encore ombragé. Cette descente matinale vers l’est sur un sentier parfois rocailleux dans un terrain brunâtre, favorise la causette et chauffe les tibias. Nous devons maintenant aborder le vallon d’Arrious long de 4 kilomètres, qui démarre sur la Route Départementale du col du Pourtalet que l’on traverse et emprunte sur 50 mètres. Finie la rigolade, il nous faut atteindre le col d’Arrious : remonter une belle hêtraie suivie d’alpages bucoliques où nous croisons un troupeau de vaches rousses, souffler à la Quèbe d’Arrious, arpenter les derniers lacets avec la lenteur du randonneur las, mais impatient de découvrir la suite !
En fait, nous délaissons le col lui-même pour bifurquer à droite vers le grand lac d’Arrious, lieu idéal pour un casse-croûte reconstituant. Aujourd’hui, fajitas au menu, soleil un peu trop chaud, pause avant la traversée qui nous mènera au refuge d’Arremoulit par la vire escarpée du Passage d’Orteig bien au-dessus du lac d’Artouste. Ce passage admirablement sécurisé par des chaines récentes nécessite une attention continue, mais ne présente pas de difficulté technique. Nous le franchissons rapidement sur 300 mètres, bâtons fixés sur les sacs à dos, non sans fixer sur l’image ces moments ludiques quoiqu’impressionnants.
Ensuite, ce ne sont que rocs et dalles sur une sente sinueuse qui arrive en légère descente au refuge d’Arremoulit. Rénové et agrandi tout récemment, le refuge se trouve dans un écrin de dalles calcaires grises polies par les glaciers. Bordé par le lac d’Arrémoulit et veillé par les Pics d’Ariel et de Palas, ce hâvre de paix est propice à la dégustation de gâteaux aux myrtilles (honneur au « Kaffee Kuchen » !).



















Quatrième étape
En consultant la carte I.G.N. et les topos, cette étape assez courte en kilomètres et peu dénivelée nous était apparue avant le départ presque comme une journée « de repos ». Que nenni ! La traversée du col Palas et du Port de Lavedant se fait dans des terrains de dalles et d’éboulis continus, avec une traversée bien raide au-dessus des lacs d’Arriel et un final rocheux pour accéder au Port de Lavedan. La descente vers le lac de Batcrabère est tout aussi scabreuse, avant de s’adoucir au niveau des lacs de Micoulaou. Les eaux fraîches du laquet adjacent et le gazon assez dru permettent alors un repos bienvenu sous l’œil impassible du fier Balaïtous, plus au sud. L’arrivée au refuge du jour, Larribet, nécessite ensuite toute notre attention car la fatigue de cette rude étape se ressent, même si le sentier est bien tracé avec quelques passages pénibles vers la brèche de la Garenère. Le refuge a conservé une toiture arrondie, l’intérieur y est lambrissé, la gardienne des lieux s’avère sympathique et serviable. Le site où est implantée cette belle construction respire le calme pyrénéen.

















Cinquième étape
Au matin, nous descendons de 500 mètres dans le magnifique vallon du ruisseau de Larribet, sur un sentier empierré qui nous mène à proximité de la cabane de Doumblas . Une sente étroite dans des pentes escarpées couvertes de myrtilliers rejoint ensuite l’itinéraire montant au col de la Peyre Saint Martin. Là, pour diverses raisons, nous prenons la décision de modifier notre étape. Tournant le dos au sud et à la longue montée au col, nous rejoignons en contrebas le petit lac de Suyen, la Maison du Parc, le Plaa d’Aste. Bernadette doit nous quitter pour un impératif familial. Pour le reste de l’équipe, la suite de l’étape se déroule d’abord paresseusement dans un taxi qui roule jusqu’à Cauterets et au Pont d’Espagne. Après, le trio n’a plus qu ‘à remonter « pedibus cum jambis » au refuge rénové de Wallon-Marcadau, le long du Gave éponyme dont le débit assez élevé engendre une musique particulièrement appréciée.
Le vallon bucolique du Marcadau nous repose des fatigues du jour et le refuge s’avère très agréable.









Sixième étape
Ce sera le tour des splendides lacs Néré et Pourtet pour 2 d’entre nous, sur des sentiers encore bien pyrénéens (traduire : « avec pierraille ») et simple redescente en solo au Pont d’Espagne pour le restant de la troupe.









Souvenirs
Ce qui nous reste de cette équipée pyrénéenne : la bonne entente entre les 4 randonneurs, dont les plus alertes et rapides ont su attendre les vétérans avec le sourire ; la diversité des étapes dans un environnement tantôt pastoral, tantôt rocheux avec une gamme minéralogique étendue reflétant les aléas géologiques (roches grises polies par les glaciers, ophites ocrées de l’Ossau, schistes rouges du Somport ) ; la présence de chevaux en semi-liberté, de nombreux troupeaux de chevrettes et brebis, quelques marmottes discrètes, mais pas d’isard sur notre passage ; d’austères cabanes en pierres grises, de nombreux lacs offrant toute une palette de teintes turquoise, bleu acier, vert sombre ; la végétation locale de pins à crochets aux troncs parfois torturés, les pelouses de gispet piquant, les colchiques pyrénéens déployant à profusion leurs corolles à pétales roses étoilés ; mais aussi, des pierres, des pierres, des pierres, parfois ordonnancées sur des itinéraires ancestraux, souvent en éboulis continus nécessitant un bon équilibre et de l’endurance. Et encore la sonorité gutturale et joyeuse de la langue espagnole accompagnée de mélodieux chants pyrénéens (catalans ? ).
Le premier Prix de Beauté revient au pic du Midi d’Ossau face ouest, avec ses dauphins que sont les pics Palas et Ariel, ce qui n’empêche pas le Balaïtous de garder souverainement la frontière du haut de ses 3144 mètres d’altitude.
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